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14 janvier 2015

En voulant racheter Cloudwatt, Orange défie Atos dans le cloud français



En se lançant dans le rachat de 100% de Cloudwatt, Orange se pose en champion du cloud français. C’est aussi le moyen de défier Atos qui, en rachetant Bull en 2014, a repris pied dans Numergy, l’autre opérateur de cloud souverain.




Orange passe à la vitesse supérieure dans le cloud computing. Après avoir participé à la création en septembre 2012 de Cloudwatt, l’un des deux opérateurs de cloud souverain soutenus par l’Etat, l’opérateur télécoms historique se lance dans le rachat de 100% de cette société dont il détient déjà 44,4% du capital. Il vient d’engager des négociations pour la reprise des parts des deux autres actionnaires fondateurs : les 22,2% de Thales et 33,3% de la Caisse des Dépôts, qui représente les intérêts de l’Etat.

Pour le groupe de Stéphane Richard, l’occasion est belle d’apparaître comme le champion du cloud souverain en reprenant le contrôle de l’un des deux acteurs, dont les résultats ont beaucoup déçu les actionnaires et surtout l’Etat. Car Orange est plus qu’un opérateur de télécoms. C’est aussi une société de services au numérique, la quatrième en France en 2014 selon le cabinet PAC, derrière IBMCapgemini, Atos et Sopra-Steria. L’ambition de Stéphane Richard est d’en faire un acteur majeur du cloud computing en France.

COURSE AU LEADERSHIP NATIONAL

Orange est déjà présent directement dans le cloud sous ses trois formes (IaaS, Paas et SaaS) et ses trois modes de déploiement (privé, public et hybride) en s’appuyant sur quatre datacenters en France, dont un flambant neuf à Val-de-Reuil, en Normandie, celui-là même utilisé aujourd’hui par Cloudwatt. Ses derniers chiffres dans ce domaine ne sont encore connus, mais il pourrait avoir atteint un revenu de 165 millions d’euros en 2014, en progression de 20% par rapport à 2013. Ce qui le met loin de son objectif de 500 millions d’euros en 2015, affiché en 2013.

Cloudwatt, dont l’offre de location de capacité de traitement à la demande n’a été commercialisée qu’en juillet 2014, représente peu de chose sur le marché. Mais son PDG Didier Renard escompte un chiffre d’affaires de 200 millions d’euros en 2017. De quoi renforcer à long terme la position d’Orange et l’aider à rattraper le retard pris sur son objectif. D’autant que son offre cloud, basée sur la plate-forme logicielle de VMWare, est complémentaire avec celle de Cloudwatt qui s’appuie sur une plateforme open source développée en interne avec des briques OpenStack. Une complémentarité de nature à étendre la portée commerciale d’Orange, qui revendique aujourd’hui 10 000 clients entreprises, dont 1000 dans le cloud d’infrastructure (IaaS).

DÉSENGAGER L’ETAT

Cette opération apparait également comme une réponse d’Orange au rachat de Bull par Atos en 2014. Grâce à cette opération, le groupe français de services au numérique dirigé par Thierry Breton met un pied dans Numergy, l’autre opérateur de cloud souverain détenu par Bull (20%), SFR (47%) et la Caisse des Dépôts (33%), et revendique la place de premier acteur européen du cloud avec un chiffre d’affaires total de 390 millions d’euros en 2013. Il complète dans le même temps son offre Canopy, basée sur la plate-forme VMWare, par la plate-forme OpenStack de Numergy.

Atos et Orange semblent partis dans une course au leadership dans le cloud français. Mais OVH, l’autre champion français du secteur, qui va investir 400 millions d’euros sur les trois ans à avenir, pourrait jouer le trouble-fête. Il est possible qu’Orange ait été encouragé par le gouvernement à lancer cette opération. Axelle Lemaire, secrétaire d’Etat en charge du Numérique, militait pour un rapprochement de Numergy et Cloudwatt, opération devenue compliquée après le rachat de Bull par Atos et de SFR par Numericable. Son vœu de voir l’Etat présent dans un seul opérateur de cloud souverain, en l’occurrence Numergy, serait ainsi exaucé.

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